Processus de deuil animalier
Le deuil animalier est d’abord et avant tout un deuil, avec comme particularités :
- La proximité physique et psychique qui rend la disparition très lourde, car non seulement nous avons pris soin de notre animal en le biberonnant, nourrissant, en partageant nos vies. Il était souvent toujours à nos côtés, jour et nuit et le vide de sa présence est souvent immense…
« Je le vois et le cherche partout… »
- Le nombre de deuils animaliers que nous serons amenés à en vivre au cours d’une vie humaine, aucun n’étant semblable ni ne protégeant du chagrin d’un autre,
- La non-reconnaissance pleine et entière de la société et de nos proches de notre douleur quand nous perdons l’un de nos compagnons animaux, ce qui rajoute à notre fardeau,
- Le fait que la perte de compagnon animal réactive souvent d’autres deuils non résolus.
C’est la psychiatre helvético-américaine, Elisabeth Kübler-Ross, qui a été la pionnière dans l’approche des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie. C’est le sujet de son premier livre Les derniers instants de la vie (On death and dying, 1969). Elle est surtout connue pour avoir décrit les différentes étapes et les émotions par lesquelles nous passons toutes et tous après une perte catastrophique (deuil, divorce, licenciement, catastrophe naturelle, guerre, attentat).
Son fils a créé la Fondation EKR, présente dans de nombreux pays du monde, dont la France.
A son rythme, la personne endeuillée va traverser ces différentes étapes en s’appuyant, au fond d’elle sur des ressources insoupçonnées, transformant une absence extérieure vécue comme douloureuse en une présence intérieure chaleureuse.
Il n’y a pas de deuil que ne puisse un jour se faire. Fondation EKR France
Wikipédia En 1947, au camp de concentration nazi de Majdanek, elle découvre les papillons noirs dessinés sur les murs par les enfants juifs avant de mourir (ce qui selon eux signifiait qu’ils « s’envoleraient », comme une chenille devient papillon) et qui deviendront plus tard les symboles de son travail. Cette visite l’a convaincue de travailler pour les mourants[3].
Ces quatre ou cinq étapes ne sont pas toujours chronologiques et peuvent être vécues plus ou moins rapidement par chacun.e d’entre vous. Leur description permet de mieux se comprendre et d’être bienveillant.e avec un.e proche dans le chagrin.



Le déni
« Vous êtes sûr qu’il est mort ? Ce n’est pas possible ! »
Ce déni, réflexe lors de l’annonce d’une mauvaise nouvelle de santé et lors de la mort de son compagnon animal, permet de tenir quelques instants à distance la douleur, le temps de se résoudre à y faire face.
« Vous ne vous êtes pas trompés de résultats d’analyses ? »
La colère
« Pourquoi lui ? C’est trop injuste ! Pourquoi l’équipe vétérinaire ne m’a pas prévenu.e pour le revoir à temps ? »
Si la colère se focalise au début sur des tiers (soignants, proches), elle se retourne rapidement contre soi et tout ce que nous aurions pu ou dû faire..
La culpabilité
« J’aurais dû l’emmener chez le vétérinaire avant, je n’aurais pas dû le laisser seul pour sa dernière nuit, j’aurais dû faire sécuriser le balcon… »
Tout ce que l’on aurait pu mettre en place nous revient en boucle…et entraîne un moment plus ou moins long où l’on n’a plus goût à rien.
La dépression
Cette phase est plus ou moins intense et longue. Les émotions, avec les pleurs, s’expriment ou au contraire conduisent à l’abattement et la dépression, rendant nécessaire l’aide amicale et thérapeutique.
L’acceptation
C’est l’étape qui clôt le travail du deuil, en permettant d’admettre que la mort fait partie du cycle de la vie. Nous admettons que nous avons fait de notre mieux. La mise en place de rituels lors de l’inhumation, de la crémation permet de rendre hommage à l’animal et contribue à l’apaisement du parent et de sa famille.
Grandir en sagesse après le chagrin
Le concept de la croissance post-traumatique (posttraumatic growth) développé et démontré par Tedeschi & Calhoun dès 1996) n’est pas encore très connu du grand public en France. Pourtant, nous en connaissons déjà une des conséquences, grâce à une chanson populaire : « tout ce qui ne tue pas rend plus fort ». Qui a repris une phrase de 1888 du philosophe Nieztsche.
De même que nous connaissons le mot résilience porté depuis des décennies par le psychiatre Boris Cyrulnik.
Des études scientifiques ont montré que, selon les cultures et croyances (donc le pays où nous résidons) la douleur et la détresse ressenties lors du décès d’un compagnon animal auquel nous étions attachés équivaut ou surpasse celles pour un proche humain.
Les photos et souvenirs que nous gardons de ce compagnon animal nous permettent de maintenir le lien (continuing bond), au-delà de sa disparition, sans que cela soit pathologique.
Une étude pluridisciplinaire publiée en 2017 a montré comment les cinq aspects de la croissance post-traumatique se développaient selon les cultures de chaque pays ou continent, permettant après le deuil de l’animal, d’accéder à :
- De meilleures relations avec les autres, surtout pour les Américains, ainsi que pour les Japonais, Français et Canadiens,
« Notre famille est devenue plus proche. J’ai réalisé combien mon mari et ma famille étaient formidables »
- Une plus grande force personnelle, surtout pour les Hong-Kongais
« J’ai appris comment faire face au décès d’une personne que j’ai aimée »
- Une meilleure appréciation de la vie, surtout pour les Français, les Canadiens, les Asiatiques,
« J’ai compris l’importance de mon compagnon animal, à aimer les êtres chers maintenant, vivre dans le moment, à donner plus d’amour aux personnes et aux animaux »
- Et dans une moindre mesure un changement et développement spirituel ainsi que la reconnaissance de nouvelles possibilités