Sniffer-gauche-droite

Sniffer à gauche ou à droite ? Une question de familiarité

Les capacités olfactives des chats sont un sujet de fascination sans fin pour nous, pauvres humains, qui ne sommes pas tous grands nez chez les parfumeurs.
Le chat est un macrosmique capable, comme le chien qui le surpasse, de détecter à distance quelques molécules d’une odeur qui peut lui faire un effet amusant – le chat va se frotter sur l’herbe ou l’objet – ou agaçant quand le chat se retourne sur l’objet sniffé pour l’asperger d’urine ou faire semblant (ce qui arrive également).

Un recueil méthodique des odeurs corporelles humaines

Une équipe d’éthologues japonais a mis à contribution 17 parents (14 femmes et 3 hommes) de 30 chats (dont 25 étaient stérilisés, avec 19 femelles et 11 mâles), âgés en moyenne de presque 7 ans. Les parents ont présenté à leurs chats à 3 reprises, à 5 minutes d’intervalle, 3 tubes contenant un écouvillon de coton : l’un n’avait aucune odeur, l’autre avait une odeur d’humain inconnu du chat et le troisième celle de leur parent.

De façon très scientifique, les chercheurs ont demandé aux parents, la veille du recueil de leurs odeurs corporelles, de s’abstenir de boire de l’alcool, de fumer, de manger trop épicé, de consommer de l’ail ou tout autre aliment modifiant les odeurs. Ils ne devaient pas non plus changer de parfum, ni faire trop de sport pour limiter leur transpiration. Les écouvillons ont été passés 5 fois derrière l’oreille, sous l’aisselle et entre le 1er et le second orteil, la procédure étant répétée 9 fois le même jour, fournissant 9 écouvillons, dont 3 ont été placés dans les tubes-éprouvettes pour le chat de la maison.

Une analyse fine des mouvements des narines félines

Une caméra filmait au plus près les mouvements des narines des chats lorsque leur parent leur présentait le plateau sur lequel les trois tubes étaient disposés à 3 cm d’écart. Ce dispositif a permis de déterminer avec précision quel tube était choisi en premier et quelle narine était utilisée.

Les précédentes études ont toutes montré, pour la voix, la présence ou l’odeur d’un proche, que si ce dernier est familier le chat commence toujours par explorer longuement les sons ou odeurs d’inconnus.

Selon que le plateau leur était présenté côté droit ou côté gauche, les chats utilisaient leur narine gauche ou droite, et poursuivaient par un frottement de la joue du même côté. Les chats ont donc perçu la configuration des volumes, pour leur permettre de frotter leur joue avec le reste du visage libre. Le tube central n’a pas fait l’objet de préférences particulières.

Les chats ont plus souvent utilisé la narine droite pour sniffer l’odeur inconnue, leur cerveau droit étant privilégié pour détecter les dangers, évaluer l’odeur et son stockage.

L’impétuosité des mâles muse en évidence

Les tempéraments des chats ont été déterminés en questionnant leurs parents, et des corrélations positives sont apparues pour les mâles entre l’intensité de la proximité avec le parent pour le tube contenant son odeur, et entre leur impulsivité et le tube n’ayant aucune odeur. Les chats impulsifs mettaient plus d’intensité à frotter leurs joues que les autres, plus calmes.

Les chercheurs ont été impressionnés de voir que les chats ont visiblement su d’emblée parmi les trois tubes (donc avant même de sniffer chacun) qui était qui, ce qui leur a permis de choisir l’inconnu plus souvent, pour les chats à score de neuroticisme élevé, alors que les chats sociaux, extravertis et attachés à leur parent choisissaient l’odeur familière en premier.

Cocteau disait qu’il aimait les chats car il n’en existait pas de policier. Les chats ont la discrétion des grands espions, donc à vous en les observant bien de vérifier si l’odeur qu’ils sniffent sur votre chaussure, sac, manteau est nouvelle ou familière. Ne leur cachez rien, ils savent tout d’une seule inspiration !

MIYAIRI Y, et al., « Behavioral responses of domestic cats to human odor », PLoS One., 2025, 20(5):e0324016, DOI : 10.1371/journal.pone.0324016.